J’ai testé: le tour gastronomique à Lima

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Faire un tour gastronomique à Lima

Chaque année, depuis 7 ans, Lima remporte le prix de « meilleure destination gastronomique au monde » au World Travel Awards.

Pourtant, la seule fois où j’ai participé à un tour gastronomique à Lima ne m’a pas du tout convaincue d’en essayer d’autre. Arriver en bus touristique pour faire un tour au marché, habillée avec un tablier au logo de l’agence (non, ce n’est pas une blague), et terminer dans un resto, certes joli, mais qui est le plus photographié de Lima, n’est pas ma définition d’expérience authentique. Loin de là!

Lorsque j’ai appris qu’Exquisito Peru lançait ses nouvelles expériences gastronomiques à Lima, j’ai tout de suite sauté sur l’occasion de les essayer. Je connais bien les deux fondateurs et je savais que je pouvais leur faire confiance. Ils ont travaillé dans le tourisme responsable au Pérou durant plusieurs années, en aidant les communautés locales et différentes assos à développer des activités durables et éventuellement devenir auto-suffisantes.

Je savais donc qu’en se lançant dans les tours culinaires à Lima, ces deux fans finis de la gastronomie péruvienne se creuseraient la tête pour s’assurer de faire découvrir aux participants de bons produits, mais aussi et des adresses qui ont une histoire à raconter.

De plus, pour chaque participant, Exquisito Peru fait un don à Accion contra el Hambre pour pour soutenir une communauté qui souffre d’anémie et de malnutrition infantile ! Ce montant est utilisé pour offrir un repas équilibré à base de quinoa accompagné d’aliments riches en fer.

Voici donc mon retour d’expérience sur le tour gastronomique à Barranco et le tour de street food à Lima, loin des clichés que j’ai pu voir ailleurs:

1. Tour gastronomique à Barranco

On nous donne rendez vous à la Place San Francisco, ma place préférée de Barranco. Méconnue des voyageurs, elle n’est pourtant cachée qu’à deux coins de rue de l’avenue principale. C’est sans doute pour cela qu’elle me plaît : elle a conservé un véritable esprit de quartier. Ce matin là, à notre arrivée, deux dames d’un âge avancé discutent sur un banc, et un homme lit son journal en compagnie de son chien qui s’est assoupi à ses pieds.

Fiorella nous explique que la cuisine péruvienne est riche et diversifiée, d’abord grâce à une grande variété de climats qu’on trouve à travers le pays, mais également car elle a bénéficié de nombreux apports extérieurs. D’abord préparée à base d’ingrédients cultivés par les peuples précolombiens, elle a intégré de nouveaux produits au fil des siècles, apportés par les Espagnols et les Africains durant la colonie, puis les Chinois, les Japonais et les Italiens.

En marchant à travers les petites rues bordées de street art et de maisons colorées, on arrive au marché de Barranco.

Un café s’impose pour bien commencer la journée. C’est Roberto qui nous accueille. Après avoir travaillé plusieurs années dans l’industrie du café à l’échelle internationale, il a décidé d’ouvrir un café ici, dans le marché: « il existe un grand écart [économique] entre les producteurs de café et ceux qui goûtent au produit final. Je voulais donc vendre du café à l’intérieur du marché, un lieu qui rassemble tout le monde, sur le même pied d’égalité! »

Il nous explique comment déguster le café: humer, goûter (en faisant rouler le café en bouche), observer la couleur, définir le corps… Oops! J’ai déjà englouti la tasse, mais je fais semblant de suivre toutes les étapes comme une bonne élève.

On nous sert aussi un sandwiche avocat et gouda fondu de Cajamarca, avec milshake de lucuma. La lucuma (du quechua rukma « femme au coeur fort ») est un fruit local dont les Péruviens raffolent, et dont le goût rappelle vaguement celui du caramel.

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Roberto et son café à Barranco. Photo Karla Acosta
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Le sandwiche avocat et fromage péruvienne, avec milkshake de lucuma. Photo Karla Acosta

Puis, on marche à travers le marché, pour découvrir les produits emblématiques du Pérou: les ajíes (piments), les pommes de terres et tubercules (3800 variétés péruviennes quand même!) et le maïs bien sûr, dont  le fameux maïs mauve utilisé pour la chicha morada, par exemple.

Bien sûr, avec une si grande diversité de climats, le Pérou est aussi un petit paradis pour les amateurs de fruits. On goûte à l’aguaymanto (la cerise de terre), la granadilla (le fruit de la passion), et la chirimoya, bien sucrée et parfumée.

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Les fruits et légumes du marché. Photo Karla Acosta
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Le maïs mauve. Photo Karla Acosta
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L’aji amarillo péruvien. Photo Karla Acosta
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L’aguaymanto

On se dirige vers la prochaine destination: un univers 100% chocolat! C’est Amanda, une Américaine véritablement passionnée du cacao péruvien, qui nous accueille avec un grand sourire. Je regarde autour de moi, bouche bée, car on trouve ici 200 barres de chocolat (sans compter les autres produits) provenant de partout à travers le Pérou.

Après un petit cours théorique d’introduction au cacao et au chocolat -où j’apprends avec étonnement que pas moins de 15 départements du pays produisent du cacao – on tente d’identifier la provenance de différents chocolats selon leur profil gustatif.

Impossible de résister, avant de repartir j’ai acheté 5 barres de chocolat. Selon la version officielle, ces barres sont pour ma famille et mes amis, mais je sais bien au fond de moi même qu’elles ne quitteront pas le territoire péruvien. Elles finiront dans mon estomac dans les jours qui suivent.

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L’introduction au cacao péruvien. Photo Karla Acosta

On se rend ensuite dans un joli petit restaurant un peu caché où l’on nous sert deux classiques péruviens, ici réinterprétés par le chef. D’abord, la causa préparée avec la papa amarilla, une pomme de terre péruvienne qui j’aime particulièrement, et fourrée avec poulet et légumes. Puis, le fameux ceviche avec de bons morceaux de poisson frais.

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La causa de poulet et légumes. Photo Karla Acosta
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Le ceviche. Photo Karla Acosta

On s’installe ensuite dans une taverne traditionnelle, qui est une véritable institution de Barranco. On entre en cuisine pour voir la préparation d’un de mes plats péruviens préférés qui n’est pas assez souvent mis de l’avant : le lomo saltado. Remercions l’immigration chinoise qui a apporté la sauce soya et le riz pour arriver à cette délicieuse combinaison à base de bœuf. Le secret du chef? Ajouter un peu de pisco qui rend la viande tendre à l’intérieur et dorée à l’extérieur.

On nous le servira avec un Inca Kola. Généralement, soit on aime beaucoup… ou pas du tout! Mais ce qui est certain, c’est qu’il faut le goûter au moins une fois lors d’un voyage au Pérou.

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La préparation du lomo saltado en cuisine. Photo Karla Acosta
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Le lomo saltado. Photo Karla Acosta
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Inca Kola, la fameuse boisson péruvienne. Photo Karla Acosta

Après avoir mangé avec un peu trop d’enthousiasme le lomo saltado, le doute m’envahi : combien de plats nous attendent encore? Bientôt, je vais devoir subtilement défaire un bouton de pantalon…

Un petit digestif tombe à pic: c’est l’heure du pisco sour, le cocktail national. Après une présentation des étapes de sa préparation, on s’assoit pour le siroter. Pas trop sucré et bien frais, comme je l’aime. Après seulement quelques gorgées, je remarque que tout le monde est de plus en plus détendu et souriant. Toujours aussi efficace ce cher pisco!

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La préparation du pisco sour. Photo Karla Acosta
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Le pisco sour. Photo Karla Acosta

On termine en grand, avec une des meilleures crèmes glacées de Lima. Le choix était vaste, mais j’ai craqué pour chocolat, et une combinaison de lime et verveine citronnelle. Assise sur le banc face à la place de Barranco où jouent quelques enfants, je suis complètement absorbée par ma glace que je m’empresse de manger avant qu’elle ne termine de faire son chemin jusqu’à mes doigts. Je ne sais toujours pas pourquoi je m’entête à choisir un cône au lieu d’une coupe.

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Ma crème glacée chocolat, et lime avec verveine citronnelle (ou verveine du Pérou)

Mon amie a plutôt craqué pour la saveur de lucuma. Elle en est devenue complètement fan depuis le milshake au marché!

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La crème glacée de lucuma. Photo Karla Acosta

2. Street food dans le centre de Lima

Si vous voulez découvrir la vraie Lima, cette belle chaotique incomprise, c’est bien au centre historique qu’il faut se rendre.

J’ai beau y avoir été plusieurs fois ces dernières années, j’ai toujours l’impression qu’il me cache de nombreux secrets et particulièrement en ce qui concerne les adresses intéressantes pour mes papilles. Je suis donc particulièrement curieuse de connaître les arrêts prévus.

On se donne rendez vous devant le Gran Hotel Bolivar, qui trône face à la Plaza San Martin. Témoin d’un passé glorieux, il fut à une époque l’endroit oèu séjournait les acteurs et grands personnages. S’il a perdu son lustre d’antan, il a gardé un étrange charisme qui plairait certainement à Wes Anderson.

On amorce donc la visite en se dirigeant vers une brasserie traditionnelle de Lima, qui est une véritable institution locale.

L’intérieur est en bois, les murs sont couverts de bouteilles de vin et de pisco. Ici, on voit des collègues venus se détendre après une journée de travail et des amis aux discussions animées. Il y a aussi cette femme qui partage un sandwiche avec son père. J’ai rarement vu quelqu’un manger un sandwiche si lentement. L’arrivée des assiettes m’extirpe de mes pensées.

Parmi ce qu’on nous sert, c’est surtout la yuca rellena qui retient mon attention. Je connais bien la papa rellena, une pomme de terre fourrée à la viande, qui s’achète aussi bien dans la rue sur le pouce que dans un petit resto local. Plusieurs restaurants haut de gamme l’ont d’ailleurs mis à la carte car elle fait partie des grands piliers de la cuisine péruvienne. Mais je ne connaissais pas la version avec du manioc : encore meilleure que l’originale! Je ne fais pas prier pour terminer l’assiette lorsque ma voisine m’annonce qu’elle n’a pas très faim.

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Sans trop tarder, on file à travers les rues du centre. On arrive devant un petit local qui ne désemplit pas. Une délicieuse odeur sucrée flotte dans l’air et lorsque j’arrive à me frayer un chemin à l’intérieur pour voir ce qui s’y cache, je tombe nez à nez avec Saint François. Ah, voilà donc les fameux churros de San Francisco!

On m’en avait souvent parlé, mais je ne les connaissais pas. Je suis hypnotisée par le mouvement répétitif de Doña Inès qui me rappelle vaguement celui des bagels à Montréal. La touche finale arrive : elle roule les churros fourrés au manjar blanco (dulce de leche) dans le sucre.

Je n’ai pas du tout la dent sucrée, mais la première bouchée est une révélation. Je n’exagère pas en disant que c’est le meilleur churro que j’ai mangé…de ma vie. C’est qu’en général je les trouve très huileux et plutôt pâteux en bouche. Celui-ci est étonnament léger, et savoureux.

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On entre brièvement dans la basilique. C’est l’heure de la messe. Les bancs sont remplis de paroissiens attentifs et j’ai peur de faire tache avec mon bout de churro dans la main. Je décide alors de l’engloutir d’un coup et me retrouve à respirer fortement par les narines. Moi qui essayais de me fondre dans l’esprit solennel des lieux…

On poursuit vers une autre institution de Lima. Ouvert depuis 1905, le restaurant a vu défiler tous les politiciens, intellectuels et autres grands personnages du pays car il est situé à deux pas du Palais du Gouvernement. Il est aujourd’hui classé monument historique, c’est pour dire! On a l’impression que rien ici n’a bougé depuis bien longtemps et c’est ce qui fait tout son charme. Le temps de prendre une petite photo, et c’est reparti pour la suite de la visite.

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On traverse la Plaza de Armas pour se rendre à la prochaine destination. Ici, on aura l’occasion de goûter à deux bières artisanales péruviennes insolites : une à base de feuille de coca, et l’autre à base de chicha de jora. J’ai une bonne préférence pour cette dernière, mais il faut dire que j’aime bien toutes les bières de La Candelariatour culinaire lima

À ce stade-ci, je crois qu’on se dit tous que plus rien ne rentrera dans notre estomac. Mais c’était sans savoir ce qui nous attendait! On arrive sur l’Alameda Chabuca Granda et on dirait que c’est un jour de fête alors que c’est un soir de semaine. Certains dansent au son d’une musique typique crachée par des hauts parleurs, d’autres écoutent attentivement un discours politique.

Et surtout, plusieurs petits kiosques vendent du street food péruvien typique, salé ou sucré. Si c’est l’unique arrêt « optionnel » tout le monde finit quand même par partager du riz au lait et des picarones. Comme quoi, il y a  toujours de la place pour un dessert!

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On continue en empruntant le Jiron de la Union, cette grande rue piétonne animée qui nous mène jusqu’à la Place San Martin. Et on terminera par un emoliente, une boisson traditionnelle faite à base d’orge, et un mélange de plusieurs herbes et graines comme le lin. On y ajoute aussi du citron et du sucre. On lui attribue de nombreuses propriétés, mais ce qui est certain, c’est qu’il aide à la digestion, et permet au passage de se réchauffer.

Même si Lima et la cuisine péruvienne font partie de ma vie depuis déjà quelques années, ce fut véritable plaisir pour moi de redécouvrir certains lieux et d’en découvrir d’autres que je ne connaissais pas du tout!

Ce qui est certain, c’est que cette visite fera le bonheur de tous les gourmands qui ont envie de vivre une expérience authentique à Lima.

Exquisito Peru

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Où dormir à Lima?

Les meilleurs quartiers pour dormir à Lima sont Miraflores et Barranco. Voici mes 3 suggestions d’hôtels pour tous les budgets:

  • Inti Killa Hostel: Situé dans le quartier de Miraflores, dans une rue au calme, ce petit hôtel vous propose de belles chambres à un prix très attractif. Le personnel de l’hotel est extrêmement gentil et serviable et vous conseillera pour les déplacements et les visites. Ils donnent même des cartes de « Metropolitan », le bus rapide de Lima! Notre coup de coeur de la sélection. Environ 45 euros la nuit en chambre double
  • Casita Libertad Homestay: Auberge de jeunesse située dans le quartier de Barranco. Très propre et bien située, parfait pour voyager sans se ruiner! À partir de 23 euros la nuit en chambre double.
  • Casa Andina Classic: un des meilleurs hôtels dans sa catégorie. C’est un hôtel moderne, récemment rénové, avec un très bon service, qui convient aussi bien aux couples qu’aux voyageurs d’affaire. De plus, il est situé en plein Miraflores à proximité de tout. Ses chambres tout confort sont à partir de 80 euros la nuit. 
  • JW Marriott Hotel Lima: Hotel 5* situé dans le quartier de Miraflores, c’est l’hotel le plus luxueux de Lima, très prisé par les occidentaux. À partir de 280 euros la nuit en chambre double

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J’ai testé: le tour gastronomique à Lima
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Vanessa Huet

Fondatrice et éditrice du magazine Voyage Perou, je suis une grande amoureuse de l’Amérique latine que j’explore avec émerveillement, stylo et caméra à la main. Ma motivation? Réunir le maximum d’information, de bons plans et de conseils pratiques pour vous encourager à partir vous aussi à l’aventure!

Discussion5 commentaires

  1. Vanessa Huet

    Wow, je viens de tomber sur cet article, cela a l’air super chouette !! Je suis contente que tu en parles, car j’avais vu des photos du bus et je n’étais pas convaincue. Mais là, tu décris une très belle expérience. Merci.

  2. Vanessa Huet

    Belle expérience!! je souhaite visiter ses endroits surtout que j’aime bien connaitre les herbes et les épices que utilisent les autres civilisations dans le traitement des maladies et dans leurs plats.

  3. Vanessa Huet
    Madeleine Huet

    J’ai eu envie des buñuelos, mais les faire m’a découragé. Trop gras, me suis-je dis, mais ce n’était que pour me consoler.
    Belle promenade et savoureuse.

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