Expat à Cusco : Lionel et son âme d’entrepreneur

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Du pain, de la bière et du tourisme

Lionel Stroller, Suisse, est installé à Cusco depuis quelques années. Agence de voyage, boulangerie, resto-bar, hôtel, il fait partie de ces entrepreneurs passionnés qui fascinent par leurs multiples projets et que rien ne semble arrêter. Je l’ai rencontré au Jardin Secreto, une terrasse insoupçonnée, cachée au bout d’un couloir à quelques pas de la Plaza de Armas.

Installés à l’ombre, un verra de chicha morada à la main, il m’a raconté son histoire.

Comment a commencé ton aventure au Pérou?

Je suis venu une première fois en 2010 comme stagiaire de l’agence de voyage Pasion Andina dans le cadre de mes études en tourisme. Je suis retourné en Suisse pour finir mes études, puis j’ai tout plaqué pour revenir au Pérou. Je suis donc revenu en 2011 durant 8 mois et je me suis joint à Bertrand, le fondateur de l’agence, car on a la même philosophie du voyage.

Quel est le genre de voyage que propose Pasion Andina?

On a 5 circuits classiques à travers le Pérou, en combiné avec la Bolivie et même jusqu’à Rio, mais toujours en proposant des expériences différentes, comme à Nazca où l’on voit Cahuachi en buggy ou encore partir à la rencontre du peuple quechua avec des séjours chez l’habitant.

Je fais aussi du sur mesure, par exemple avec les treks Ausangate, Huchuy Qosqo, Choquequirao en mode sportif ou moins sportif, avec différents modes d’hébergement. Définitivement, on encourage un tourisme plus responsable et un contact avec les locaux.

Et j’ai cru comprendre que tu avais d’autres projets en parallèle?

Oui, en 2011 on a créé la première boulangerie Pantastico à San Blas, puis on y a ajouté un hôtel le « Pantastico Bed and Bakery » qui a 10 chambres.

voyage perou cusco hotel

cusco hotel

Début 2013, on a ouvert la deuxième boulangerie, ici, sur Plateros. En ouvrant le local, on a trouvé cet espace-ci, juste à côté, qui était complètement abandonné et rempli de débris. En s’arrangeant avec le propriétaire, on a sauvé 10 mois de loyer, mais on a dû investir pour remettre le tout sur pied, ce qui a été tout un défi!

Aujourd’hui, comme tu vois, El Jardin Secreto est un espace agréable, avec autant de voyageurs que de locaux. On a des menus à 10 soles le midi et le soir, il se transforme en espace culturel avec plusieurs événements comme de l’animation, des expos photos ou de la musique en live. On veut que ce soit avant tout un endroit de rencontre et de partage.

perou cusco bar

cusco jardin secreto

Tu as donc une grande expérience en entreprenariat ici. Selon toi, quel est le plus grand défi de travailler au Pérou?

Il faut comprendre qu’on a décidé de faire ces différents business par compromis social. On ne travaille donc qu’avec des Péruviens –d’ailleurs on forme plusieurs jeunes- et c’est vrai que la ponctualité est un gros challenge en tant qu’Européens. –Et Suisses, en plus! Il rit.

Il faut s’adapter tout en apportant le meilleur de soi-même, leur faire comprendre qu’il y a des règles pour qu’une entreprise fonctionne. Heureusement, ici au Pérou, avec des idées et assez peu de moyens, on arrive à faire quelque chose.

Par contre, il est vrai qu’il y a un gros souci de corruption à Cusco et au Pérou en général. En tant qu’entrepreneur, je me rends compte que si tu n’as pas de contacts, tu ne peux pratiquement rien faire.

Le Pérou est un pays extraordinaire, mais qui manque de structure. Donc, soit des Péruviens partent étudier à l’étranger et reviennent pour mettre en place des idées, soit des étrangers viennent avec leur bagages. Pour moi, le plus important, c’est de devoir former, leur donner la possibilité de voir ce qui se fait ailleurs. Je suis les premiers à les pousser en ce sens.

Je suis curieuse, pourquoi une boulangerie? La nostalgie du pain?

En tant qu’Européen, on a la culture du pain et il faut admettre que ce n’est pas le fort du Pérou! Alors on s’est dit qu’il y avait de quoi faire. On a rencontré des Argentins qui ont vécu chez nous 1 mois et demi et qui par chance étaient boulangers. C’est eux qui nous ont appris les bases. On a aussi eu un pâtissier nous a aidé durant 1 an, puis à notre tour, on a formé des jeunes qui ne connaissaient rien au pain.

Aujourd’hui, on a plusieurs produits, dont du pain de type européen, mais préparé avec des produits locaux, comme la kiwicha, la maca ou le quinoa.

perou cusco pantastico

Ici, je travaille plus qu’en Europe, mais c’est beaucoup plus stimulant! Je sais que tout ce que je fais ici serait impossible en Europe.

Est-ce qu’il y a des avantages selon toi d’être Suisse à Cusco?

Il réfléchit un moment puis reprend. Je vois plus de désavantages que d’avantages. Mais il y a certainement un petit avantage : en tant qu’Européen, et Suisse en particulier, il y a une image de « qualité ». Par exemple, en louant un appartement, s’ils voient que tu es Européen, ils te donnent plus de crédibilité qu’à un Péruvien. Également, pour les commerces, ils sont toujours contents quand on est Européen car on est plus ponctuels en général au niveau des paiements.

Mais même si je suis établi à Cusco depuis 5 ans, on essaiera toujours de m’arnaquer au jour le jour avec des choses aussi simples que le taxi.

Comment sont tes relations avec les Péruviens?

Elles sont très bonnes. Il est vrai que des fois ils ont deux discours, mais comme je les respecte, ils me respectent. Je suis étranger, mais j’ai une femme péruvienne et maintenant un bébé, je vois vraiment ma vie ici. C’est un pays d’adoption qui m’a énormément apporté.

Qu’est-ce que tu aimes le plus de Cusco?

J’aime son énergie. C’est un lieu très fort en énergie positive. C’est une ville où tu trouves de tout, sans tout avoir. J’ai quitté un pays comme la Suisse qui est si ordonné, mais j’aime le bordel. J’aime que tout soit accessible.

C’est Cusco qui m’a fait aimer l’histoire, parce que l’histoire ici, tu la vis. En plus, il est fascinant de voir un syncrétisme si fort entre la religion catholique et leurs croyances comme la « Pacha mama ».

Quels sont tes endroits préférés à Cusco?

-Le quartier de San Blas, plus que tout pour sa tranquillité, principalement les petites rues tout en haut.

-Le Balcon del Diablo, un ancien site inca à 25 min à pied de Sacsayhuaman

-Tout ce qui est le quartier derrière le marché San Pedro, le quartier populaire, le vrai Cusco, pas le Cusco touristique, propre et protégé.

Sinon, j’adore les endroits où je travaille, je ne vais pas le nier Je suis assez fier du local ici -El Jardin Secreto- comparé à ce que c’était avant. J’aime bien la vie nocturne ici, c’est un beau mélange local et étranger.

Pour finir, quels conseils donnerais-tu à ceux qui veulent tenter leur chance au Pérou?

Il faut foncer, ne pas trop se poser de questions. Quand tu as des opportunités qui se présentent, il faut y aller. Et puis si ça ne marche pas, ce n’est pas grave.

Il faut être opportuniste, parler avec les gens pour commencer à créer des liens. Heureusement, si tu t’intéresses aux Péruviens, ils aiment échanger et parler de leur pays car ils en sont fiers.  Bien sûr, c’est bien de venir avec un petit capital, ça peut toujours aider!

Les yeux brillants, il ajoute :

Ce que j’aime ici, c’est qu’on ne parle pas de « village », mais de « communauté » et cette solidarité, tu la retrouves même en ville, entre voisins.

Envie de découvrir les projets de Lionel, et pourquoi pas, de l’y croiser?

Pantastico Bed and BakeryAdresse: Carmen Bajo 226, San Blas, Cusco. Email: [email protected] . Site web

Boulangerie PantasticoAdresses: Tandapata 1024, San Blas, Cusco; Plateros 380, Cusco. Page Facebook

El Jardin SecretoAdresse: Plateros 380, Cusco. Page Facebook

Pasion Andina :  [email protected]Site web

Où dormir à Cusco?

  • Feel at Home: situé en plein centre historique à deux pas de la Plaza de Armas, c’est un bon hôtel pas cher à Cusco. Les chambres sont très propres, l’eau est chaude, le wifi fonctionne bien et le petit déjeuner est inclus. À partir de seulement 8€ en dortoir ou 20 euros la chambre!
  • Hostal Inti Wasi Plaza de Armas: c’est une autre bonne option si vous cherchez un peu plus de confort, avec un excellent rapport qualité-prix! C’est un bâtiment colonial rénové, situé à deux pas de la Plaza de Armas, face à la jolie Plaza Regocijo, avec un joli patio intérieur et des chambres confortables avec balcon. Petit déjeuner inclus. À partir de seulement 48 euros la nuit!
  • Antigua Casona San Blas: voici un petit hôtel chic et intime au coeur du quartier de San Blas. Les chambres sont très confortables, la déco à la fois moderne et traditionnelle offre une ambiance chaleureuse, et le restaurant Piedra & Sal est un des meilleurs de Cusco. Très bon petit déjeuner inclus. À partir de 128 euros la nuit.
  • Palacio del Inka Luxury Collection: un des meilleurs hôtels de luxe à Cusco. C’est une grande maison coloniale située face au Coricancha et à 5 min de la Plaza de Armas, qui a conservé son cachet authentique, avec ses grands murs de pierre, ses patios intérieurs et sa décoration classique. On y trouve une piscine, un excellent restaurant, un bar chic, et le Andean Spirit Spa qui propose des traitements traditionnels. Un petit déjeuner copieux est inclus. À partir de 180 euros la nuit.

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Expat à Cusco : Lionel et son âme d’entrepreneur
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Fondatrice et éditrice du magazine Voyage Perou, je suis une grande amoureuse de l’Amérique latine que j’explore avec émerveillement, stylo et caméra à la main. Ma motivation? Réunir le maximum d’information, de bons plans et de conseils pratiques pour vous encourager à partir vous aussi à l’aventure!

Discussion5 commentaires

    • Il est Suisse, pas Français 😉
      haha mais oui je vois ce que tu veux dire.
      Justement c’est un sujet dont on parle de plus en plus dans les médias, ces temps ci c’est très récurrent: pourquoi les Français quittent la France, comment les garder , comment leur assurer un meilleur retour en France.
      Par contre, il s’agit souvent de PVT (permis vacances-travail) donc de 1 ou 2 ans et puis hop retour en France – souvent un peu forcé d’ailleurs.
      Dans le cas de Lionel ou d’autres expats que j’ai présentés sur le blog, ce sont vraiment des gens installés, qui ont investi, qui se sont bien intégrés dans la société adoptant la culture du pays et qui ne pensent pas forcément retourner chez eux, ni à court terme, ni même à moyen terme.
      Leslie recently posted..Expat à Cusco : Lionel et son âme d’entrepreneur

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