Être une femme et faire du stop au Pérou: retour d’expérience

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Le tour du monde en stop

C’est avec une vidéo plutôt intriguante que j’ai entendu parler de Florence Renault pour la première fois il y a quelques mois: “Je m’appelle Florence, j’ai 27 ans et je suis caméraman. Je vais partir voyager deux années autour du monde exclusivement en stop: en auto-stop et en bateau-stop”.

La vidéo date de 2013 et Florence est toujours sur la route, après avoir parcouru tout le continent américain. Ce n’est pas un petit projet, faire le tour du monde en stop, surtout quand on est une femme. Elle a bien voulu partager son expérience de la réalité sur la route.

Pourquoi avoir voulu te lancer dans un tour du monde en pouce, et en solo?

Je rêvais de faire le tour du monde depuis que je suis ado, alors à 27 ans, je me suis dit qu’il était grand temps que je saute le pas. J’avais souvent voyagé en auto-stop en Europe, j’adore ce moyen de voyager car ça permet de rencontrer les locaux, de découvrir leurs préoccupations et leur quotidien, d’apprendre de nouvelles langues, de découvrir les paysages et les édifices avec les commentaires du chauffeur qui s’improvise alors guide. Les gens sont vrais en auto-stop, ils se confient, donnent leurs avis, ils n’ont pas peur du jugement car ils savent que la rencontre est éphémère. Quoique parfois prolongée… les conducteurs m’invitent souvent à manger ou à dormir dans leur famille.

Autres avantages de l’auto-stop : c’est écologique et économique. Mon projet étant de réaliser le tour du monde en plusieurs années, je dois voyager avec un petit budget. Je n’avais aucun ami qui avait ce même souhait d’adopter un style de vie nomade sur du long terme, alors je suis partie seule. Mais depuis mon départ le 2 juillet 2013, j’ai voyagé accompagné la plupart du temps : avec des amis venus de France ou des personnes rencontrées au cours de mon voyage.

Avais-tu déjà voyagé en pouce sur de longues distances auparavant?

Je voyageais parfois en auto-stop pour des trajets de quelques heures ou d’une journée : en France, en Allemagne ou en Belgique. En septembre 2011, j’ai réalisé mon premier voyage exclusivement en auto-stop d’Orléans à Istanbul. J’ai parcouru tous les pays d’ex-Yougoslavie sur le pouce en un mois. Et ce qui est ironique dans l’histoire, c’est qu’à mon retour, je me suis promis de ne jamais faire le tour du monde en auto-stop en solo ! J’avais trouvé la solitude trop pesante parfois. En fait, le souci c’est que je ne restais pas plus d’une ou deux nuits à chaque endroit, je n’avais pas le temps de lier des amitiés, de suivre les plans des gens et d’accepter les invitations. Dans ce tour du monde, je sens rarement de la solitude car je suis flexible sur mon programme et je mets la priorité sur mes rencontres.

Quels sont les pays où tu as voyagé en pouce?

J’ai voyagé sur le pouce en France, en Allemagne, en Belgique, en Espagne, en Italie, en Slovénie, en Croatie, en Bosnie, en Serbie, au Kosovo, en Macédoine, en Grèce, en Turquie.

Depuis le début de mon tour du monde, j’ai pratiqué l’auto-stop dans 17 nouveaux pays : au Brésil, en Argentine, en Uruguay, au Paraguay, en Bolivie, au Chili, au Pérou, en Équateur, en Colombie, au Panama, au Costa Rica, au Nicaragua, au Honduras, au Salvador, au Guatemala, aux États-Unis et au Canada.

voyage colombie stop
Taganga, en Colombie
voyage chili stop
Hélicoptère-stop à Cochrane, au Chili

Si l’envie ne manque pas chez les backpackers, voyager en stop au Pérou, particulièrement lorsqu’on est une femme, sème l’inquiétude. T’es-tu déjà sentie en danger?

Voyager en auto-stop n’est pas dangereux en soi. Il faut être prudent, prendre son temps, y aller au feeling, oser refuser de monter ou oser demander de descendre. Mais en voiture, une certaine proximité, confiance et sympathie se crée. En cinq minutes, le conducteur n’est déjà plus un inconnu. Pour moi, le réel danger est de me faire voler ou agresser dans la rue par quelqu’un que je ne connais pas. Mais cela peut arriver dans n’importe quel pays.

J’ai rencontré pas mal de gens « bizarres », je me suis parfois sentie mal à l’aise, mais pas en danger de mort. De temps en temps, on me fait des avances sexuelles. Au début, c’était gênant car je ne savais pas comment réagir. Aujourd’hui, ça m’agace mais ça ne me choque plus. Je sors ma réponse tout faite, pleine d’assurance, si bien que je retourne la situation et c’est le conducteur qui se sent gêné.

voyage perou femme stop

Quel a été ton itinéraire au Pérou?

J’ai traversé le Pérou trois fois ! La première fois, j’arrivais de Bolivie avec un ami. Nous avons traversé la frontière au bord du Lac Titicaca. Puis nous sommes allés à Puno et dans la région de Cusco.

voyage perou stop cuscoDe là, j’ai repris la route seule vers Lima où j’étais hébergée chez une amie française. Puis je suis remontée vers le nord en longeant la côte Pacifique. J’ai visité Trujillo puis je me suis dépêchée d’aller en Équateur où ma sœur venait me retrouver pour un mois.

Les deux autres fois où j’ai traversé le Pérou, c’était « juste » un trajet express de 3-4 jours du nord au sud, puis du sud au nord, avec bien sûr une petite visite à ma copine de Lima.

Faire du pouce en tant que fille a-t-il limité tes choix de destinations ou d’activités?

Absolument pas. Des hommes le font. Je ne vois pas pourquoi en tant que femme je devrais me mettre des limites !

Selon toi, quels sont les avantages de voyager en solo lorsqu’on est une fille? Et les inconvénients?

Alors le fait d’être une femme blanche et blonde permet d’attirer davantage la confiance des conducteurs qui me prennent en stop. Ils savent que je suis occidentale, donc « riche » et que je ne vais pas les voler ou les agresser. Mais si j’avais été un homme blanc et blond, ça aurait aussi fonctionné, je pense. Voyager en tant que femme peut être à double tranchant au Pérou. Des hommes vont m’aider car ils se veulent ultra-protecteurs. D’autres vont être ultra-lourds et je dois réussir à m’en débarrasser. D’autres encore ne s’arrêtent pas sur la route car ils pensent qu’une fille blanche blonde seule au bord de la route c’est vraiment trop anormal et que je dois donc être un « piège » (une voleuse ou une trafiquante de drogues).

Quelles sont les précautions à prendre lorsqu’on est une femme qui voyage en pouce?

Personnellement, je m’habille toujours en pantalon, t-shirt à manche courte et chaussures fermées. Je veux qu’on m’identifie comme une voyageuse et non comme une prostituée.

Je garde toujours mon petit sac avec mes affaires de valeur sur moi.

Je prends le temps de dire qui je suis, où je veux aller, je demande où va la personne et où elle peut me déposer. En quelques secondes, je me fais une idée de la personne. Si j’ai un bon feeling, je monte.

J’essaie au maximum d’aller dans les stations essences pour demander directement aux gens s’ils peuvent m’emmener. C’est aussi une façon pour moi de les sélectionner.

As-tu utilisé certaines ressources utiles pour t’informer et te préparer à ton voyage en stop?

Je consulte souvent Hitchwiki, c’est un site qui répertorie les villes du monde entier et les endroits stratégiques pour en sortir en auto-stop.

Que dirais-tu à quelqu’un qui hésite à faire du pouce au Pérou?

Au Pérou, le concept d’auto-stop gratuit n’existe pas. Si tu souhaites voyager gratuitement, tu dois bien le préciser au début (et probablement le conducteur refusera de t’emmener). Souvent il ne demande pas grand chose, mais avoir un échange monétaire change le rapport à l’autre. Tu deviens un client et non plus un curieux voyageur.

Si tu hésites à faire du stop, vas-y avec un ami, tu te sentiras plus à l’aise ou en sécurité. Et surtout pense à toutes les belles rencontres que tu vas rater si tu ne lèves pas ton pouce.

Quelles sont les destinations qui t’attendent en 2016?

Ma mission pour 2016 est de traverser l’Océan Pacifique en bateau-stop pour rejoindre l’Australie. Je suis en pleine recherche !

Pour suivre les aventures de Florence :

Facebook https://www.facebook.com/lemondesurlepouce/

Site web http://lemondesurlepouce.wix.com/stop

Être une femme et faire du stop au Pérou: retour d’expérience
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Fondatrice et éditrice du magazine Voyage Perou, je suis une grande amoureuse de l’Amérique latine que j’explore avec émerveillement, stylo et caméra à la main. Ma motivation? Réunir le maximum d’information, de bons plans et de conseils pratiques pour vous encourager à partir vous aussi à l’aventure!

Discussion7 commentaires

    • J’imagine que forcément une blonde attire plus l’attention qu’une brune, après je pense que quelqu’un de mal intentionné ne fait pas de différence. Je n’ai jamais fait de stop au Pérou, mais en tout cas avec les taxis (qui n’ont franchement pas une très bonne réputation, particulièrement à Lima), c’est important de parler pour détendre l’atmosphère, attirer la sympathie, et c’est aussi une bonne façon d’évaluer la personne d’une certaine façon. ^^
      Vanessa “Leslie” recently posted..Être une femme et faire du stop au Pérou: retour d’expérience

  1. On pense souvent (à tord) que voyager seul (surtout quand on est une femme) est dangereux. Honnêtement, je préfère faire le tour du monde en solo, que le tour de Paris après les 23heures.

    • C’est vrai, mais il faut faire la part des choses. Je peux te garantir qu’après 23h, seule, à Lima, c’est pas jojo non plus 😀
      Tout est une question de bien choisir le contexte (lieu, heure, le gros bon sens quoi)

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