Se battre à coup de noix du Brésil

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Des communautés qui utilisent les ressources intelligemment

En Amazonie, j’ai compris rapidement que la situation est difficile. Si la région du Tambopata est fascinante, majestueuse, forte, elle est également le lieu de conflits d’intérêts économiques très inquiétants, autant pour l’environnement que pour les communautés qui y vivent.

Entre la coupe de bois massive et les mines –totalement illégales dans les deux cas et auxquelles participent grand nombre de personnes à tous les niveaux-  tout cela combiné à la corruption, le manque de ressources et d’éducation…difficile d’entrevoir autre chose qu’une catastrophe qui arrive à grand pas.

Mais certains, comme ceux de la communauté de Tres Islas, refusent heureusement de lâcher prise et de tomber dans l’argent facile. Ils ont décidé d’aller de l’avant en utilisant leurs ressources intelligemment.

Tres Islas est composée des peuples Ese’Eja et Shipibos-Conibos qui s’étend sur quelques 31700 hectares dans la région de Madre de Dios. On exploite ici du bois, la noix du Brésil et également deux palmiers : l’ungurahui et l’aguaje. Après avoir emprunté en 4×4 un chemin cahoteux et boueux bordé d’arbres d’un vert intense, on arrive à l’ « usine » de transformation d’aguaje de la communauté. Usine, à petite échelle bien sûr, ce qui rend le tout encore plus impressionnant pour moi, Montréalaise qui consomme pratiquement tous les produits déjà transformés et empaquetés.

Je suis accompagnée de quelques membres de l’ONG Rainforest Alliance (qui sont-ils et pourquoi je suis dans la jungle avec eux?). Rainforest Alliance aide la communauté à de nombreux niveaux, pour le zonage par exemple –à savoir quelle activité doit se dérouler sur quel territoire-, les permis ou encore trouver des donations pour acheter des équipements.

La communauté est en train de tester une machine qui leur permettra de séparer la chair et le noyau de la coquille du fruit de l’aguaje. Il faut comprendre que c’est un immense pas pour des producteurs de transformer eux-mêmes le produit de leur récolte, éliminant ainsi des intermédiaires grugeant pratiquement tout le profit.

Après avoir été sélectionné, lavé, mûri dans des bacs d’eau chaude, puis égoutté, on met le tout dans une machine pour séparer le noyau de la chair et la pelure.

voyage perou aguaje tambopata

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C’est un jeune qui s’occupe de la fameuse nouvelle machine. On le regarde tous avec attention, retenant notre souffle en espérant qu’elle donne le résultat espéré. Elle démarre, fait un bruit d’enfer, crache un peu, bloque. Le jeune réessaie encore et encore. Pas facile, il faudra faire des ajustements car il y a plus de bruit que de résultat.

J’en profite pour goûter le fruit. Sa mince pelure rouge renferme une chair jaune. Le goût est particulier, mais après quelques bouchés il est agréable. Dans la jungle, on le considère comme un vrai fruit miracle : bon pour la ménopause, les femmes le consomment aussi massivement en jus –l’aguajina – car il donnerait un joli lustre à la peau et les cheveux, en plus de munir la gente féminine de courbes généreuses. On dit que c’est le secret des belles femmes amazoniennes.

Mais Tres Islas est une communauté inspirante également avec ses noix du Brésil. Elle fait partie de l’AFIMAD (Asociación Forestal Indígena de Madre de Dios) avec qui ils ont obtenu les certifications biologiques et de commerce équitable pour leur production de castañas, comme on les appelle ici.

voyage perou communaute jungle

Voulant aller toujours plus loin, ils ont décidé de transformer eux-mêmes leur fruit, en produisant des noix du Brésil caramélisées – absolument délicieuses!- et de l’huile à cuisson. C’est d’ailleurs tout nouveau et j’ai eu la chance de voir les produits finis à l’Expo Alimentaria qui se tenait à Lima, quelques mois suivant ma visite en Amazonie. Double chance, c’est Juana Payaba Cachique qui présentait les produits. Présidente de Tres Islas, c’est une leader comme on voit que dans les films, se battant pour confronter les entreprises minières, tout en poussant constamment sa communauté à développer son offre. Évoluant dans un contexte difficile, et en plus étant femme, je lui lève doublement mon chapeau. Oui, c’est grâce à des gens comme elle qu’avance le Pérou.

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Se battre à coup de noix du Brésil
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Vanessa Huet

Fondatrice et éditrice du magazine Voyage Perou, je suis une grande amoureuse de l’Amérique latine que j’explore avec émerveillement, stylo et caméra à la main. Ma motivation? Réunir le maximum d’information, de bons plans et de conseils pratiques pour vous encourager à partir vous aussi à l’aventure!

Discussion2 commentaires

  1. Vanessa Huet

    Tous mes respect pour cette communauté et cette dame de fer qui ne se laisse pas faire
    Et merci aux association qui leurs viennent en aide
    STOP à l’exploitation massive

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