La fête des morts au Pérou

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À chacun son Halloween

 

31 octobre 1992-Moi, la petite Leslie de 6 ans, cours de porte en porte à une vitesse surprenante sous les yeux étonnés de mes parents qui me diront plus tard : «tu allais si vite qu’on aurait dit que tu volais! ». Une citrouille en plastique à la main, le cœur rempli d’une joie immense (car oui, plus que ma fête, plus que Noël, Halloween était définitivement le moment que j’attendais avec le plus d’impatience). Tous mes petits problèmes et mes petites inquiétudes d’enfant s’envolaient.

J’étais en mode conquête, en mode Indiana Jones à la découverte des maisons décorées de toiles d’araignées, de sorcières au gros nez, des citrouilles au visage lugubre, des tombes en plastique et des cassettes qui jouaient en boucle des trames sonores dignes des plus grands films d’horreur. Et même le fameux « t’es déguisé en quoi ? » n’abattait pas mon enthousiasme. Car il faut l’avouer, mes déguisements étaient un peu particuliers. Un jour on m’a demandé si j’étais un clown, une sorcière ou un extra-terrestre dans la même soirée…

Société de consommation, festival des caries, appelez ça comme vous voulez, mais ceux qui ne l’ont pas vécu, ne pourront jamais comprendre: c’est le paradis, on se promène dans un monde magique un peu effrayant mais pas méchant, on se déguise, on récolte un incroyable butin et on en est très fier. Sachez que je n’aimais pas du tout les bonbons, mon but n’était que d’amasser le plus gros trésor que la terre ait jamais porté. Une chance que mes parents étaient là pour trimbaler un gros sac et vider ma petite citrouille au fur et à mesure. Merci maman, merci papa.

Bon, revenons au Pérou.

Même si Halloween y est de plus en plus populaire, avec des soirées thématiques organisées dans les bars et quelques enfants en recherche de bonbons, le 31 octobre est, depuis 1944, officiellement le jour de la musique Criolla. C’est la musique typique de la côte péruvienne, dont font partie la marinera, el festejo et la polka peruana.  Elle tire son origine chez les esclaves noirs utilisés comme main d’œuvre à l’époque de la colonie. Le mélange des traditions espagnoles et afro-péruviennes ont donné une culture bien particulière: la culture criolla (avec bien sûr, sa musica criolla). Sachez que cette culture fait partie intégrante de la fierté nationale, autant que le tango argentin peut l’être pour l’Argentine.

 

voyage perou - marinera danse

 

Et vient le 1er novembre qui, comme dans le reste de l’Amérique latine, est une fête religieuse très importante, le Dia de los difuntos. Bien que cette célébration ne soit pas aussi importante qu’au Mexique, c’est l’occasion de rendre hommage aux défunts.  Bien sûr, messe en matinée, puis on rend visite aux être chers qui reposent au cimetière en leur apportant des fleurs. Dans les Andes, dans un souci de partage avec les morts, on emmène groupes de musique et nourriture.

 

voyage perou - Andes dia de la muerte

 

Dans les endroits les plus reculés, c’est encore plus la fête. Le temps n’est pas à la tristesse. Le 1er novembre on prépare des plats, boissons préférés du défunt et même miniatures symbolisant les choses qu’il aimait, qu’on apporte le 2 novembre au cimetière.

 

 

voyage perou - andes célébration

 

Dans certaines régions du Pérou, quelques communautés vont au cimetière durant la nuit du 1er novembre croyant que les morts sortent de leurs tombes à minuit pour partager le festin. Certains restent même toute la nuit pour faire la fête. Une activité inusitée à faire lors d’un voyage au Pérou, non?

Il fut un temps où après la mort, les corps étaient momifiés. On portait ces momies en procession  lors de certains événements. Mais avec l’arrivée du catholicisme, cette tradition a complètement disparue… ça devait être tout un spectacle!

Et voilà un de ces moments où, fascinée, je me dis qu’on vit dans un monde étonnant, où un enfant trouve son bonheur en mettant son nez dans une citrouille remplie de bonbons colorés, alors que dans un monde parallèle, situé à des années lumières, on fête en famille des ancêtres disparus, au son d’une douce musique, une bière à la main.

 

 

La fête des morts au Pérou
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Fondatrice et éditrice du magazine Voyage Perou, je suis une grande amoureuse de l’Amérique latine que j’explore avec émerveillement, stylo et caméra à la main. Ma motivation? Réunir le maximum d’information, de bons plans et de conseils pratiques pour vous encourager à partir vous aussi à l’aventure!

Discussion9 commentaires

  1. Je crois savoir que c’est aussi une fête particulièrement importante au Mexique et il me semble qu’Aline (nowmadnow) avait participé à la fête en Bolivie l’an dernier ! Ca tranche avec ce qu’est la Toussaint chez nous !

    • Non, malheureusement! Mais après il faut y être à la bonne période de l’année…et puis je sais pas à quel point je serai à l’aise de participer, ça reste familial je pense.

  2. Sympa ta petite histoire en entrée, je commençais même à me demander si je ne m’étais pas trompé de blog LOL…. Mais sinon la tradition est assez originale je trouve et j’aime bien le fait qu’il célèbre cela sur plusieurs jours 🙂

    • Ça fait partie de mes plus beaux souvenirs d’enfance en tout cas! Mais oui, concernant le Pérou c’est une belle tradition je trouve, ça n’existe plus de nos jours ces rituels chez nous. Dommage, car ça doit renforcer le sentiment d’appartenance, familial, etc.

    • Oui et tu peux bien imaginer qu’en ayant ce blog je découvre tellement de nouvelles choses en plus…je m’en mords les doigts à chaque fois! Je me dis toujours « avoir su… » mais bon, je vais devoir faire une liste pour la prochaine fois

  3. Bruno a une mémoire spectaculaire 🙂

    La fête des morts à laquelle j’ai pu assister en Bolivie m’a vraiment marquée, cette atmosphère et cette ferveur sont des choses que je n’avais jamais vues ailleurs.

    Lors de mon prochain voyage en Amérique latine, j’essaierai d’y être pour cette fête si particulière pour beaucoup de Sud-Américains.

    NowMadNow

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