Voix d’Amazonie : résistance au cœur de la jungle

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Des communautés courageuses

J’ai entendu parler de « Voix d’Amazonie » grâce Voyages à Deux. Un clic sur le trailer du documentaire m’avait transportée à nouveau en Amazonie, qui m’avait énormément marquée lors de ma première visite un an plus tôt. Non pas pour les oiseaux colorés et les singes qui sautillent d’un arbre à l’autre, mais plutôt car j’avais commencé à découvrir l’ampleur et la complexité des enjeux de la région, politiques, économiques et sociaux. Des enjeux que j’ignorais totalement, à part celui de la déforestation, dont tout le monde parle.

J’ai également appris qu’on doit être très fort dans cette région du monde pour survivre, ou ne serait-ce même pour se faire respecter par son propre gouvernement.

Il est admirable que des gens passionnés consacrent du temps et de l’énergie à produire ce type de documentaire, mettant un visage sur des communautés qui tiennent à défendre leur territoire, la tête haute.

Margerie David, une des co-créatrice du documentaire au projet a répondu à nos questions.

Qui est derrière le projet?

Nous sommes trois derrière ce projet: Lamia Chraibi, Lucile Alemany et moi, Margerie David. J’ai quitté la France en 2011, après des études en communication visuelle et multimédia. Je vis et travaille en Équateur, dans le domaine des Arts, depuis maintenant trois ans. Lamia, sociologue, a quitté Paris après un Master en Science Politique à la Sorbonne en 2011, puis a successivement vécu en Angleterre et au Mexique où elle enseignait le français. Suite à ces premières expériences, elle s’est investie dans la réalisation documentaire à Montréal, où elle vit depuis l’année dernière.

Après un Master en Science Politique réalisé en échange universitaire au Mexique, Lucile est pour sa part rentrée en France et s’est spécialisée par un Master en Anthropologie sociale sur l’Amérique Latine, au sein de l’IHEAL à la Sorbonne. Elle a ensuite travaillé au sein de l’Association France Amérique Latine, et se concentre maintenant dans la réalisation documentaire en France.

voix amazonie documentaire

Au cours de ces trois années, nous nous sommes régulièrement réunies en Équateur afin de tourner le documentaire Voix d’Amazonie. Nous avons aussi monté un site internet www.voixdamazonie.com qui relaie toutes les informations et les articles de presse concernant l’Amazonie en général, en trois langues : français, anglais et espagnol.

D’où est venu cet intérêt pour l’Amazonie?

Par leurs études et voyages, Lamia et Lucile se sont rapidement passionnées pour l’Amérique Latine et les luttes de ses peuples. L’effervescence des initiatives en marche dans de nombreux pays d’Amérique du Sud, et notamment celles liées à l’Amazonie leur ont semblé intéressantes tant par leur dimension  locale que globale. Après un travail de recherche sur les mouvements autochtones en Amazonie équatorienne, elles ont souhaité donner plus d’accessibilité à ces thématiques via un support audiovisuel: le documentaire.

J’ai, pour ma part, quitté Paris pour réaliser un tour du monde. Du Mexique à l’Argentine, j’ai rencontré des personnes passionnantes et je n’ai finalement pas quitté ce continent. En 2012, j’ai fini par m’installer en Équateur, et me suis intéressée aux questions liées à l’Amazonie et à ses peuples. En étant sur le terrain, je pouvais suivre quotidiennement l’évolution des luttes et des débats. Notre passion et notre intérêt commun pour ces causes nous ont donc réunies toutes les trois en Équateur.

On entend parler de l’exploitation de l’Amazonie mais peu connaissent l’ampleur de la réalité  et associent quasi-exclusivement ces dégâts au milieu naturel. Quelles sont les conséquences pour les peuples d’Amazonie?

Ce type d’activités bouleverse les écosystèmes, mais aussi le mode de vie des peuples qui y vivent et contribuent à la régénération des équilibres naturels depuis des centaines d’années. Lorsqu’ils ne subissent pas des déplacements forcés, les habitants des zones convoitées sont directement affectés par les conséquences des exploitations. Dans le cas de l’extraction pétrolière, la pollution de l’environnement et la présence d’eaux contaminées constituent de véritables fléaux. Les gens se baignent dans ces fleuves et en consomment l’eau quotidiennement. Depuis quelques années, l’augmentation du nombre de maladies de la peau, de cancers et de leucémies est fulgurante. Dans le nord de l’Amazonie équatorienne, l’eau est contaminée et inadaptée à la consommation humaine ou animale. 10 800 cas de cancers ont été répertoriés dans la région en 2012, un nombre bien plus élevé que dans le reste de l’Équateur. Les impacts en termes écologiques et sanitaires sont donc extrêmement élevés suite à ce type d’opérations.

Face à tous ces problèmes, pourquoi avoir choisi de s’intéresser à particulièrement à l’extraction pétrolière?

Nous aurions effectivement pu nous intéresser à d’autres types d’exploitation, ce n’est pas ce qui manque. Mais en Équateur, les problématiques liées au pétrole ont pris une tournure particulière avec les immenses dégâts causés par la multinationale Chevron-Texaco en Amazonie dans les années 1960. Avec le recul des années, les conséquences sanitaires et écologiques sont aujourd’hui tangibles, et les luttes se multiplient à ce sujet. Nous avons donc souhaité montrer à la fois les impacts de ces activités, mais aussi les alternatives proposées face à cette situation.

Le pétrole est présent partout: dans nos voitures, nos ustensiles de cuisine, nos vêtements… Il fait partie de notre quotidien. Deuxième ressource économique de l’Équateur, c’est un facteur considéré comme fondamental pour le développement des sociétés. Mais cette ressource n’est pas inépuisable, et son extraction est extrêmement coûteuse, en termes d’investissements, mais aussi d’impacts écologiques et sanitaires. Les images parlent d’elles-mêmes.

amazonie pollution

Au fil de nos rencontres et des échanges que nous avons eus avec des habitants de ces régions au cours de nos voyages, nous avons été sensibilisées à une autre manière de percevoir le développement. Pour nombre de ces interlocuteurs amérindiens ou d’organisations écologistes, nos modes de vies et notre dépendance au pétrole doivent et peuvent être repensées. Il nous a donc semblé intéressant de pouvoir illustrer en images la situation en Équateur et les idées qui y émergent.

Quel est le but de ce documentaire?

Les peuples qui luttent pour la préservation de leur territoire œuvrent également pour des causes plus globales. Au-delà des impacts réels qu’ils dénoncent, ces personnes nous invitent aussi à nous questionner sur nos modes de vie et nos consommations énergétiques. Ce documentaire a donc plusieurs objectifs: donner une plus grande visibilité aux impacts de l’extractivisme en l’Amazonie qui est considéré comme le poumon de la planète et a donc une portée globale; donner à voir les impacts d’une telle activité sur l’environnement et sur les populations qui y vivent; mais aussi insuffler les nouvelles initiatives de ces peuples qui regorgent d’idées pour repenser la société. Nous souhaitons donc à la fois parler des impacts, mais aussi des espoirs portés par ces peuples. Ce documentaire est une invitation à la découverte de l’Amazonie et à l’idée de repenser ensemble les alternatives possibles pour nos sociétés.

sekoya equateur amazonie

Combien de temps a pris le tournage du documentaire?

Nous avons commencé le tournage en Août 2012, en allant au nord de l’Amazonie équatorienne, chez les peuples Cofan et Secoya, puis plus au sud à Sarayaku. L’équipe est restée sur le terrain pendant plus de deux mois. Lamia et Lucile sont reparties en France, pour commencer une présélection des vidéos et je suis restée vivre à Quito. J’ai filmé sur deux ans les manifestations qui ont agité le pays (Le cas Yasuní, Les journées Anti-Chevron, Les femmes d’Amazonie venues à la capitale pour défendre leurs terres…) et en février 2015 nous avons décidé de nous réunir à nouveau afin de voir et de filmer l’évolution de la situation.

Comment s’est passé la collaboration avec les locaux?

Une réelle collaboration nécessite du temps et l’instauration d’une relation de confiance.

Les échanges ont donc été progressifs, complexes au début, puis les langues se sont rapidement déliées et ont permis une bonne entente. Une fois rassurés sur nos intentions réelles, nos interlocuteurs ont tout mis en œuvre pour nous aider à réaliser des interviews avec certaines personnes, et nous ouvert les portes de leur quotidien. Ce fût une très bonne expérience de partage mais aussi d’enseignement.

sarayaku equateur amazonie

Crois-tu qu’en tant que françaises, les portes étaient plus ouvertes, ou au contraire, les gens étaient plus réticents à collaborer que si vous aviez été de la région?

Pour ma part, j’ai toujours été très bien reçu en tant que Française dans tous les pays que j’ai visité. Pour le tournage en Amazonie, nous n’avons pas sentis de réticences ou de mauvais a priori dû à notre nationalité. Comme dans chaque pays, il y a toujours un temps d’adaptation, un temps pour bien connaître les gens et leur culture. De plus nous avons eu la collaboration d’Équatoriens sur ce projet, qui a rendu le contact avec les autochtones beaucoup plus facile. La deuxième partie du tournage en début 2015 fût un réel plaisir. Nous avons retrouvé des amis là où nous avions laissé de simples connaissances.

communaute amazonie documentaire

Le montage et la distribution nécessite un certain budget, comment peut-on aider afin que le documentaire voie le jour?

Face aux coûts élevés pour la réalisation documentaire, nous avons décidé de lancer une campagne de financement participatif via la plateforme de crowdfunding Kisskissbankbank. Le début de cette campagne a été un succès, et nous avons pu atteindre notre premier objectif, qui était de rassembler 5000€ pour pouvoir financer la postproduction (montage, travail du son et de l’image.). Il nous reste à présent une semaine pour atteindre notre deuxième objectif. 7000€ sont nécessaires afin de pouvoir fournir un travail de meilleure qualité et pouvoir ainsi financer les archives historiques, les droits d’auteurs, les traductions (en anglais, espagnol et français), le design et la programmation des DVDs ainsi que la diffusion du documentaire. Toute participation (même 5 ou 10 euros) et partage de l’information nous est donc d’une grande aide ! Si chacun participe, même modestement, nous pourrons faire de grandes choses !

N’hésitez pas à jeter un coup d’œil au projet, à participer et à partager !

Voix d’Amazonie

Site web http://www.voixdamazonie.com/

Page Facebook https://www.facebook.com/voixdamazonie

Twitter https://twitter.com/Voixdamazonie

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Montréalaise de naissance, je suis passionnée par les voyages, la bonne bouffe et les lamas. À la fois bloggeuse pour Voyage Pérou et journaliste pour La Métropole, un magazine en ligne et une publication mensuelle, je pars constamment à la chasse des meilleurs restaurants et des destinations à découvrir.

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